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2010-07-08T13:29:00+02:00

Jeudi en poésie : Albert Lozeau

Publié par Jean-Pierre

Pour les Croqueurs de mots, la poésie du Jeudi


ALBERT LOZEAU

http://s2.e-monsite.com/2010/01/21/08/LozeauA.jpg

 

L'ÂME SOLITAIRE (extraits)

 

J 'attends. Le vent gémit. Le soir vient.

J'attends. Le vent gémit. Le soir vient. L'heure sonne.

Mon coeur impatient s'émeut. Rien ni personne.

J'attends, les yeux fermés pour ne pas voir le temps

Passer en déployant les ténèbres. J'attends.

Cédant au sommeil dont la quiétude tente,

J'ai passé cette nuit en un rêve d'attente.

Le jour est apparu baigné d'or pourpre et vif,

Comme hier, comme avant, mon coeur bat attentif.

Et je suis énervé d'attendre, sans comprendre,

Comme hier et demain, ce que je puis attendre.

J'interroge mon coeur, qui ne répond pas bien...

Ah ! qu'il est douloureux d'attendre toujours — rien !

 

 

 

Billets du soir (1911-1918) (extraits)

L'heure harmonieuse

La musique, ce soir, berce comme une vague mourante. Elle est si douce qu’elle se fond dans l’air et se dilue dans le silence. Note à note s’égrène la mélodie, comme la fleur s’effeuille pétale à pétale, sans bruit. Et l’harmonie flotte, poussière de sons, dans l’atmosphère paisible...

La musique est douce, douce... L’ombre en est tranquillisée, le coeur saisi. Presque rien pour l’oreille, tout pour l’âme. Je ne sais quoi dans l’heure endormie la subtilise, l’évapore.

Elle semble venir de très loin, peut-être du fond de mon passé, comme une brise qui aurait fait le tour de la terre; et je ne sais si la chanson est en-dedans ou en-dehors de moi, tant elle est douce, douce, douce...

Et cependant, elle est forte comme une puissance céleste, puisqu’elle bouleverse mon être et faitpleurer mes yeux. Je l’entends à peine, mais elle exulte en moi, tel qu’un orgue au matin de Pâques,

tel qu’un orchestre innombrable, tel qu’un carillon triomphal !

Sa douceur formidable enivre mon cerveau, comme pas un vin de France ou d’Italie. Pourtant, je ne perçois qu’un peu de bruit qui palpite, — le battement de mon coeur, peut-être — tant elle est douce, douce, douce...

Moi seul l’entends — si l’on peut dire, — cette musique qui passe avec des ailes de vent.

Elle évoque quelque chose qui ressemble à une fleur ou un visage... C’est imprécis comme une brume, inconsistant comme un nuage. Je ne sais ce que c’est — peut-être un souvenir, peut-être un

songe, peut-être rien, comme cette musique douce, douce, douce est peut-être irréelle...

Car c’est le soir, dont l’âme ne se défie pas, le soir magique et mystérieux. Le moindre souffle est comme un archet qui joue sur nos nerfs la mélodie vraie ou fausse, selon le jour et selon la vie.

À cet instant, si la douceur indicible d’une musique que je n’entends pas m’émeut jusqu’au bonheur, si je le sens, si je l’écris, en vérité, j’ignore pourquoi, mon coeur m’est inconnu...

 

NOTES BIOGRAPHIQUES

Poète, il fait ses études à l'Académie Saint-Jean-Baptiste mais devenu paralysé à l'âge de dix-huit

ans, il se consacre alors entièrement à l'écriture.

Il fut membre de la Société royale du Canada en 1911 et Officier d'Académie du gouvernement

français en 1912.

Albert Lozeau s'est attaché à décrire ses émotions et sa solitude dans L'âme solitaire (1907) ainsi

que son univers intime et nostalgique dans Le miroir des jours (1912).

Dans Lauriers et feuilles d'érable (1916) et Images du pays (posthume, 1926), sa poésie exprime, à

l'aide de formes traditionnelles, son amour de la nature québécoise et de ses couleurs

mélancoliques, ce qui le rapprocha du courant des poètes du Terroir.

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commentaires

Lilie 10/07/2010 21:36



profond,mystérieux, sensible, "cette musique qui passe avec des ailes de vent"...



Jean-Pierre 11/07/2010 09:42



N'est-ce pas !



Jeanne Fadosi 10/07/2010 20:18



un bien beau poème sur l'attente, vaine ou non, et merci pour les explications sur l'auteur



Jean-Pierre 11/07/2010 09:42



ça m'a fait plaisir de partager des poèmes et poètes qui me plaise ...



Nounedeb 09/07/2010 08:06



Salut à toi. Merci pour ces deux beaux textes par lesquels s'exprime une sensibilité affinée.



Jean-Pierre 09/07/2010 14:46



Merci de ta lecteur... J'ai été très sensible à ces textes ...D'où mon partage ...



Angeljanvier 08/07/2010 23:01



Merci pour la biographie et le poéme merveilleux d' un auteur que je ne connaissais...


Une empreinte naturelle d' émotion vraie...


Amitiés



Jean-Pierre 09/07/2010 14:47



C'est ce que j'ai ressenti dans ces textes ... Merci de votre lecture .


Amitiés



Jakline 08/07/2010 21:54



Une vraie belle découverte que cette poésie intimiste, un genre qui me ravit, un auteur qui  mérite d'être connu.



Jean-Pierre 09/07/2010 14:48



Tant mieux, j'ai beaucoup aimé moi-aussi.


Merci de ton mot Jakline ...


Bonne journée



Parisianne 08/07/2010 20:09



Une découverte qui montre combien la prose peut être aussi poétique.


Merci


Bonne soirée


Anne



Jean-Pierre 09/07/2010 14:49



Merci Anne, c'est ce que j'ai également éprouvé ...


Bonne journée



jill bill 08/07/2010 15:46



Bonjour J-P, comme elle belle la dernière phrase de ce poème, l'âme solitaire, c'est cela oui... tout à fait !  Bien sympa d'y ajouter une bio, je ne connaissais point cette plume touchante.
Belle soirée mon ami Jean, merci !



Jean-Pierre 09/07/2010 14:50



Merci de ton mot...Heureux de t'avoir fait découvrir ce poète et ses textes ...


Bonne et chaude journée



Alice 08/07/2010 15:37



J'aime bien ces dialogues intérieurs écrits avec acuité. Merci pour le choix de ce poéte. Amitiés



Jean-Pierre 09/07/2010 14:52



J'étais sûr que vous aimeriez !


Amitiés



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