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2010-02-25T09:09:00+01:00

Jeudis en poésies : 20 gouttes

Publié par Jean-Pierre
Chez les
"Croqueurs de mots"
JEUDIS en POESIES

20 GOUTTES au peintre Tschang-Yeul Kim

 

GOUTTE 3

Elle va soupirer,

elle a mal à ses flancs,

elle s'enferme en elle-même,

elle craint l'univers trop mâle,

elle repousse l'inconnu

mais voudrait toutefois le saluer:

la goutte

est à jamais enceinte.

KIM-TSCHANG-YEUL-HD1-cc-le-caf--fran-ais-bxl.jpg

GOUTTE 4

Quand on est goutte

on est de cristal.

Quand on est goutte

on est oeillet.

Quand on est goutte

on est ou coccinelle

ou scarabée.

Quand on est goutte

on est miroir.

Quand on est goutte

on est conscience:

oui, toujours l'autre.

 

GOUTTE 5

La goutte choisira

quelques lieux favoris:

le marbre frais,

la jeune joue,

la paume creuse.

La goutte prendra garde

à ses deux ennemis:

le buvard si cruel,

l 'éponge.

 

GOUTTE 6

La goutte pense

mot- à mot, verbe à verbe.

La goutte va

ciel à ciel, vide à vide.

La goutte chante

feuille à feuille et bourgeon après bourgeon.

La goutte hésite

ombre à ombre, homme à homme.

La goutte court

toit après toit, chose après chose.

La goutte ne veut pas

existe goutte à goutte.

 

GOUTTE 17         Tchang_Yeul.jpg

Elle a le choix,

la goutte:

après sa mort

être soupir,

bijou,

syllabe,

peut-être objet très rond.

Elle a son idée:

elle sera un oeuf.

Jean Joubert

 

Jean Joubert a écrit ces poèmes

à partir des tableaux du peintre Tschang-Yeul Kim "LE PEINTRE AUX GOUTTES D’EAU"

Né à Maing San en Corée du Nord en 1929. Vit et travaille à Paris depuis 1969. Kim Tschang-Yeul apprend la calligraphie avec son père dès l’âge de 4 ans. Il fait ses études d’art à l’Université de séoul (1948-1950) et à l’Art Students League de New York (1966-1968). Il appartient à la génération des artistes Informels coréens.
Chronologie

Au début des années soixante, Kim Tschang-Yeul peint des tableaux abstraits, matiéristes. A partir de 1965, il détermine un motif, celui de la goutte d’eau, qui le fera désormais connaître internationalement sous le nom de « Maître Kim la goutte d’eau ». Tout d’abord évocatrice de coulure, semblant pleurer, sa goutte devient, dans les années 1970, isolée sur un fond monochrome, réflexion sur le geste premier du peintre. Elle est référence « à la pensée asiatique, au Bouddhisme et au Taoïsme, où le Rien est plénitude ». Par la suite, il peint à l’huile ou à l’aquarelle et à l’encre de Chine ses gouttes de manière hyperréaliste, en transparence et reflets. Depuis la fin des années 1980, elles reposent sur ou aux côtés d’idéogrammes, des morceaux du grand poème chinois Poème des dix mille caractères, qui date du VIe siècle et qui sert à enseigner la calligraphie aux enfants (ensemble des Réccurence). Il attend de cette peinture qu’elle fasse entendre « le bruit d’une goutte d’eau qui tombe sur une pétale de rose ». Son thème peut aussi devenir sculpture de verre et d’eau, reposant sur des socles de sable, de granit, de charbon de bois ou d’acier (Cérémonie, 1993).

Extrait du texte de DANIEL ABADIE
Catalogue de l’exposition à la Galerie Nationale du Jeu de Paume, 13 janvier-7 mars 2004
Comme deux gouttes d’eau…
C’est à l’enseigne de ce symbole même de la ressemblance que Kim Tschang-Yeul a placé la diversité de son oeuvre. KIM, répète-t-on volontiers, est cet artiste qui peint des gouttes d’eau, ce qui semble tout dire de son art et n’en dit rien. Car si, depuis trente ans, il s’agit bien de l’image unique de son oeuvre, le seul sujet de celle-ci est en fait la peinture.
D’être apparue au début des années 1970 sur la scène parisienne a fait de l’oeuvre de Kim Tschang-Yeul une réponse implicite aux questions que posaient alors l’hyperréalisme américain et les réalistes européens. La représentation minutieuse de gouttes d’eau semblant prêtes à ruisseler à la surface de la toile, captant dans le gonflement de leur ventre transparence et reflets faisait écho, semblait-il, aux images du réel réfléchies par les vitrines de Richard Estes ou les chromes des voitures de Don Eddy. Simplement, Kim Tschang-Yeul étonnait par la modestie de l’image choisie, loin de toute ambition de rendre compte du monde et des mythologies contemporaines, et par son obstination répétitive.

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commentaires

Alice 26/02/2010 16:50



Je suis contente de découvrir cette belle page. Une grande recherche menée par le poète et le peintre. Merci pour ce Jeudi en Poésie, où l'on entre intimidée. Amitiés



Jean-Pierre 26/02/2010 17:03


C'est bien que ça te plaise ...Amitiés


Mamie Claude 26/02/2010 16:40


Je suis trempée de milles goutes merveilleuses en te lisant.
Belle idée si bien présentée.


Jean-Pierre 26/02/2010 18:11


Ne n'était qu'un goutte à goutte !  Merci !


Jeanne Fadosi 25/02/2010 19:33


Intéressant, ton article, même si je préfère les gouttes de mots aux gouttes de peinture qui les ont inspirés. merci de cette découverte.


Jean-Pierre 25/02/2010 19:55


Le tout est de goûter !


Pascale La Tricotineuse 25/02/2010 19:14


je goûte avec sérénité au goutte à goutte que tu nous égouttes ou égrènes !! une sablier reposant et des toiles magnifiques  merci JP


Jean-Pierre 25/02/2010 19:56


Comme c'est bien tricoté ton commentaire !
Bonne soirée 


harmonie37 25/02/2010 12:38


Un ensemble qui fait perlé une goutte à mon visage par sa beauté.


Jean-Pierre 25/02/2010 20:04


Merci à toi, ça me fait plaisir...

J'ai du supprimer "la pipe" avec ton commentaire... J'ai publié "la pipe 1" et "la pipe suite" plus complet..;Si tu peux réécrire ton commentaire ...Avec mes excuses ...


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